Il y a les mots qu’on apprend dans les livres… et puis il y a ceux qu’on entend absolument partout.

En Iran, certaines expressions reviennent tellement souvent dans les conversations qu’elles font presque partie du décor.

On les dit en arrivant, en partant, pour remercier quelqu’un, pour lui montrer son affection ou simplement parce qu’on ne sait pas très bien comment terminer la conversation. Et le plus intéressant, c’est qu’elles sont parfois difficiles à traduire en français sans perdre une petite partie de leur charme.

Voici donc 6 expressions persanes très courantes qui vous permettront non seulement de comprendre un peu mieux le persan, mais aussi de découvrir un peu plus la culture iranienne.

1. خسته نباشی — Khasteh nabâshi

Littéralement, khasteh nabâshi (خسته نباشی) signifie quelque chose comme : « Ne sois pas fatigué ».

Dit comme ça, c’est un peu étrange. Mais en persan, c’est une expression extrêmement courante que l’on adresse à quelqu’un qui travaille, qui vient de faire un effort ou qui termine une tâche.

Imaginez que quelqu’un vient de passer deux heures à préparer le dîner. Vous pourriez lui dire :
— Khasteh nabâshi!

Le sens serait alors proche de : « Merci pour tes efforts », « Bon courage » ou encore « Beau travail ».

On peut aussi l’utiliser en entrant dans un magasin et en s’adressant à la personne qui y travaille, ou avec un collègue après une longue journée.

Et la réponse classique ? Salâmat bâshi (سلامت باشی), littéralement : « Sois en bonne santé ».

C’est difficile à traduire parfaitement en français, mais très facile à adopter. Une fois qu’on commence à dire khasteh nabâshi, on trouve presque dommage de ne pas avoir exactement la même expression en français.

2. قابلی نداره — Ghâbeli nadâreh

Vous offrez quelque chose à un iranien. Il vous demande combien il vous doit.

Et vous répondez : Ghâbeli nadâreh! (قابلی نداره)

Littéralement, cela signifie à peu près : « Ça n’a pas de valeur [par rapport à toi]. »

Autrement dit : « Ce n’est rien », « Je te l’offre » ou « Ça ne vaut même pas la peine d’en parler ».

Cette expression est particulièrement intéressante parce qu’elle nous fait entrer dans le merveilleux — et parfois légèrement déroutant — monde du taarof.

Par politesse, un commerçant peut par exemple dire ghâbeli nadâreh lorsqu’on lui demande le prix. Cela ne signifie pas nécessairement que vous pouvez prendre votre achat, sourire et partir tranquillement sans payer. Ce serait un peu trop facile.

Il s’agit souvent d’une formule de politesse : la personne minimise la valeur de ce qu’elle vous donne ou du service qu’elle vous rend.

Entre proches, en revanche, l’expression peut tout à fait accompagner un vrai cadeau.

Comme souvent avec le taarof, tout dépend donc du contexte… et il faut parfois quelques secondes de négociation pour comprendre si les 200 000 tomans sont réellement devenus 0.

3. به امید دیدار — Be omide didâr

Be omide didâr (به امید دیدار) signifie littéralement : « Dans l’espoir de se revoir. »

C’est une jolie manière de dire au revoir, avec quelque chose de plus chaleureux qu’un simple khodâhâfez (« au revoir »).

On pourrait la rapprocher de : « Au plaisir de se revoir » ou « En espérant vous revoir bientôt. »

Omid (امید) signifie « espoir » et didâr (دیدار), « rencontre » ou « retrouvailles ».

C’est une expression assez élégante, et peut-être l’une de celles dont la traduction française conserve le mieux la poésie.

Parce qu’après tout, dire au revoir en espérant déjà la prochaine rencontre, c’est quand même plus sympathique qu’un simple « salut ».


4. قربونت — Ghorbunet

Ah, ghorbunet.

Si vous fréquentez des iraniens, il y a de fortes chances que vous finissiez par entendre ce mot.

Il vient de ghorbân (قربان), qui renvoie à l’idée de sacrifice. Littéralement, ghorbunet revient donc à dire quelque chose comme : « Je me sacrifierais pour toi. »

Très dramatique ?
Oui.

Mais rassurez-vous : la personne qui vous dit ghorbunet n’est normalement pas en train de rédiger son testament.

Dans la vie quotidienne, l’expression sert surtout à montrer de l’affection. Selon la relation et le contexte, elle peut correspondre à :
« Je t’adore »,
« T’es adorable »,
« Merci, mon cher / ma chère »,
ou simplement une réponse très chaleureuse à quelqu’un.

On peut aussi entendre ghorbunet beram (قربونت برم), qui pousse encore un peu plus loin cette idée : « Que je me sacrifie pour toi ».

Les expressions affectueuses persanes ont parfois un petit côté théâtral. Et c’est précisément ce qui fait leur charme.

5. دلم برات تنگ شده — Delam barât tang shodeh

Voici probablement l’une des plus jolies expressions de cette liste.

Delam barât tang shodeh (دلم برات تنگ شده) signifie : « Tu me manques. »

Mais la traduction littérale est beaucoup plus intéressante.

Del (دل) désigne le cœur, ou plus largement le siège des sentiments. Tang (تنگ) signifie « étroit », « serré ».

L’expression évoque donc littéralement l’idée que : « Mon cœur s’est serré pour toi. »

Autrement dit, votre absence me pèse, vous me manquez.

On peut également dire simplement : Delam barât tang shodeh.

Et si la personne vous manque en ce moment : Delam barât tang shode!

C’est une expression très courante entre membres d’une famille, amis, amoureux… bref, chaque fois que quelqu’un nous manque.

Et avouons qu’un « mon cœur s’est serré pour toi » a tout de même un petit quelque chose que notre très efficace « tu me manques » n’a pas.

6. فدات — Fadât

Puisque nous sommes dans les déclarations légèrement dramatiques, impossible de ne pas mentionner fadât (فدات).

Le mot vient lui aussi de l’idée de sacrifice et signifie littéralement quelque chose comme : « Que je sois sacrifié pour toi. »

Encore une fois : aucune inquiétude. Dans une conversation normale, personne ne prévoit de sacrifice.

Fadât est simplement une façon très affectueuse de s’adresser à quelqu’un. On peut l’utiliser pour remercier, répondre gentiment ou montrer son affection.

Par exemple :
— Merci beaucoup !
Fadât!

Selon le contexte, on pourrait presque le traduire par « avec plaisir », « je t’en prie », « mon cher / ma chère »… mais aucune traduction ne fonctionne vraiment dans toutes les situations.

Et c’est justement ce qui rend ces expressions intéressantes.

Des expressions qui en disent beaucoup sur la culture iranienne

Apprendre une langue, ce n’est pas seulement savoir que ketâb signifie « livre » ou que sib signifie « pomme ».

Ce sont souvent les petites expressions du quotidien qui permettent de comprendre comment les gens communiquent réellement.

Et en persan, on remarque vite quelque chose : on remercie beaucoup, on souhaite du courage, on minimise ce qu’on offre et on n’hésite pas à faire des déclarations d’affection qui sembleraient presque excessives en français.

« Je me sacrifierais pour toi. »
« Mon cœur s’est serré en ton absence. »
« Ce cadeau n’a aucune valeur comparé à toi. »

Tout ça avant même d’avoir fini le thé.

C’est aussi ce qui rend le persan si chaleureux.

Alors, la prochaine fois qu’un iranien vous dit khasteh nabâshi, ghorbunet ou delam barât tang shodeh, vous saurez qu’une traduction mot à mot ne raconte qu’une partie de l’histoire.

Et si vous voulez faire plaisir à votre interlocuteur, essayez d’en glisser une ou deux à votre tour.

Be omide didâr! 👋

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